Petit blog perdu au fin-fond de l'univers blogosphérique. Vagabondages éclectiques autour des tours de La Défense, de la musique, de photos, d'un zeste de lune... et aussi de l'humour et quelques petits délires
Il était une fois, il y a bien bien longtemps, quelquepart dans une haute haute tour de La Défense...
Marion était frileuse. Très frileuse. Pathologiquement frileuse.
Son vestiaire regorgeait d’une collection de pull et de vestes. Sa bouilloire, toujours allumée, restait à portée de sa main pour se verser quelque tisane ou thé réparateur – et réchauffant – à n’importe quelle heure de la journée.
Ses collègues, compréhensifs, lui avaient laissé la place la plus prochedu radiateur, connaissant son besoin pathologique de s’y raccrocher, et s'étaient habitués aux tee-shirts à l'année.
Et le radiateur restait allumé chaque soir, afin que le matin suivant,en arrivant,ellepuisse bénéficier de sa douce chaleur et ne pas risquer l'engourdissementpar une température qui aurait paru normale à n’importe qui d’autre maisl’aurait cryogénisée sur place.
Or, en arrivant ce matin là, Marion trouva son radiateur éteint. Il fut promptement rallumé, les pulls furent sortis et la bouilloirefonctionna à plein régime. Le soir, en partant, elle s’assura, deux fois plutôt qu’une, que sonradiateur chéri restait allumé.
Mais le lendemain matin, à nouveau, il était éteint. Ça ne pouvait durer. Marion mit donc un mot sur le radiateur : « NE PAS ETEINDRE SVP MERCI » Mais le lendemain matin, hélas… Encore…
Qui donc éteignait chaque jour le radiateur source de chaleur salvatrice ? ? ? Le soir, quand arriva la femme de ménage, un cri du cœur sortit de seslèvres : - S’il vous plaît madame, n’éteignez pas mon radiateur ! - Hein ? ? ? Moi yen a pas toucher aux radiateurs, m'mame ! le patron direseulement passer chiffon sur bureaux sans rien toucher, moi pas faire plus. Lepatron y payera pas plus ! moi pas toucher au radiateur ! La question fut également posée, sans conviction, au veilleur de nuit. - Hein ? M’en fous moi de vos radiateurs ! J’passe seulement pour voir siya pas l’feu ou pas d’cadavres, mais si en plus faut que j’ferme lesradiateurs, l’patron y m’paye pas pour ça ! Et pourtant, chaque matin, à nouveau, le radiateur était éteint, etMarion s’approchait chaque jour un peu plus de la crise de nerfs. Il fallait trouver QUI faisait ça, ça devenait une question de vie ou demort. Il y eut un "conseil de guerre" qui dura plusieurs jours. C’était LEsujet de conversation du bureau. Trouver LE responsable.
Un collègue lui suggéra de s’intéresser aux personnes susceptiblesde lui en vouloir. Mais qui ? Il y en avait bien quelques uns, mais quipouvait fomenter une vengeance aussi lâche et basse ?
- Et si c’était « lulu la tapette » ? - Lui ? - Ben tu sais qu’il t’aime pas. - De toute manière, qui il aime ? Même sa mère, faut voir ce qu'il en dit ! - Je vois pas qui d’autre pourrait faire un truc aussi bas. - Mais faudrait être sûr…
Comment décrire Lulu la tapette ? Il avait plein de manies typiques du vieux garçon, certaines liées à ses anciennes études d'esthéticien.Mais le pireétait sa méchancetéqu’il focalisait régulièrement ettemporairementsur un sujet présélectionné on ne sait commentpar son cerveau malade. Et il crachait continuellement cette haine viscérale sur cesujet jusqu’à ce qu’il en trouve un autre sur lequel la reporter. C'était son hobby. Rares étaient leschoses ou les gens qui trouvaient grâce à ses yeux.
L’hypothèse lulu la tapette était celle qui tenait le plus la corde.
Parce qu’il arrivait par le premier train matinal, dès potron minet, etqu’il pouvait prendre quelques secondesavant de rejoindre son étage, ni vu ni connu, pour fermer leradiateur bien avant que tous les autres n’arrivent.
Restait à le confondre, si c'était bien lui.
L'une des manies de Lulu était l'entretien de ses mains : il passait ses journées àse les tartiner de toutes sortes de crèmes spéciales anti-tâches brunes, anti-bronzage, ou anti-âge.
L’intense brainstorming continua et il fut décidé de poser quelquesgouttes d’encre de chine sur le bouton du radiateur, le soir venu. Une visite sous un prétexte fallacieux serait faiteaux autres services dès le lendemain matin et on verrait bien si Lulu – ou un(e) autre - avait les mains noires. Et si c'était lui, voir ses belles mains blanches noircies serait assurément vécu comme un traumatisme.
Ainsi fut fait…
Le lendemain matin, quand Marion monta dans le service où travaillaitLulu, celui-ci était en train de se tartiner et de se frotter les mainsavec une application soutenue, en marmonnant encore plus d'imprécations haineuses que d'habitude...
Mais le surlendemain matin, et tous les jours qui suivirent désormais, quand Marion arrivait, le radiateur étaitresté allumé…